Pas envie d'en écrire plus à son sujet, si ce n'est pour refaire en mal ce que d'autres ont déjà écrit. A commencer par lui-même, il me semble.
Je me contenterai donc de reproduire la nécro du Monde, datée du 24 janvier 2004 :
"Le sulfureux photographe allemand, connu pour ses images de mode, ses grands nus et ses portraits, est mort dans un accident de la route, le 23 janvier, à Hollywood (Californie). A 83 ans, il était un des photographes les plus chers du monde et, par ses audaces formelles, l'un des plus grands.
Un homme élégant qui adorait s'amuser de l'imagerie vulgaire. Tel était Helmut Newton, un des rares photographes connus du grand public, un des plus sulfureux par les scénographies sado-masochistes qu'il s'amusait à créer, provoquant les foudres de mouvements féministes, un de ceux qui ont poussé loin l'exploration d'un univers où le sexe et la consommation se mêlent, un des photographes les plus chers dans les pages glacées des magazines, qui affectionnait les soirées de la jet set, s'habillait souvent de blanc, des chaussures à la chemise, comme pour illuminer l'endroit où il se trouvait, et portait des lunettes fumées.
Bref, une star, mais qui ne doit pas faire oublier qu'il était simplement, par ses audaces formelles autour du document cru, par son refus de la sentimentalité, sa façon de faire résonner l'époque dans ses images, un des grands photographes de la deuxième moitié du XXe siècle.
Helmut Newton est mort, dans un accident de la route, vendredi 23 janvier à Hollywood (Californie), alors qu'il sortait du parking d'un hôtel sur Sunset Boulevard fréquenté par les vedettes du cinéma et de la mode. Il avait 83 ans. Et il laisse une œuvre riche, dominée par ses photos de mode, ses grands nus - les fameux Big Nudes qui ont tant fait scandale - mais aussi ses portraits de personnalités.
Il est beaucoup question chez Newton de sexe, de pouvoir, de domination, d'argent. Ses terrains de guerre sont un hôtel, un avion, une villa ou une décapotable ; les photos sont nettes, profondes, découpées à vif, pleines d'informations, en extérieur. Newton maltraite les modèles, les femmes notamment, quand la tradition incite à les magnifier.
Ses photos traduisent une double influence : d'un côté, l'urgence des paparazzi et de Weegee, le grand photographe des faits divers sanglants sur le pavé new-yorkais des années 1930 ; de l'autre, l'univers poétique et fantastique d'un Brassaï, celui du Paris de nuit, des prostituées et des malfrats. Helmut Newton était daltonien, le répétait, s'en amusait. "Ça ne m'a pas empêché de voir."
Né le 31 octobre 1920 à Berlin, ce juif allemand suit des études jusqu'à l'âge de 16 ans. "J'étais un mauvais élève." Il a surtout un début d'enfant prodige à la Lartigue. Avec son argent de poche, il s'achète un appareil photo à l'âge de 12 ans et commence à photographier ce qu'il voit dans la rue. Il devient, à 18 ans, "l'apprenti" de Yva, une photographe réputée de mode et de portraits. Il fuit, en 1938, les persécutions nazies, et son goût de l'aventure lui fait choisir d'aller en Chine.
FASCINÉ PAR LES FAITS DIVERS
Il s'arrête à Singapour, où il devient photojournaliste pour le quotidien Singapore Straits Times. Il est renvoyé pour incompétence au bout de deux semaines. Mais cela ne viendra pas altérer son goût pour l'image d'actualité, le fait divers, les paparazzi. Toute l'œuvre de Newton est marquée par l'actualité, les faits de société, l'évolution de l'image de la femme. Ce provocateur a éliminé de son vocabulaire les mots "artiste" et "bon goût".
Helmut Newton s'installe en Australie, en 1940. En 1945, il ouvre un petit studio et se lance dans la mode. "J'étais photographe et célibataire, les filles étaient charmantes et la guerre était finie",a-t-il dit à Françoise Marquet, pour sa grande exposition au Musée d'art moderne de la ville de Paris, en 1984. En 1947, il rencontre l'actrice June Brunell, qui deviendra sa femme et une grande photographe sous le nom d'Alice Springs. Sacré couple, qui exposera cinquante ans plus tard, en tandem, à la Maison européenne de la photographie, les portraits qu'ils ont faits l'un de l'autre.
En 1956, il s'installe à Paris, commence à photographier pour le magazine Jardin des Modes. Le moment est important. Il côtoie deux autres photographes, qui feront aussi parler d'eux, Jeanloup Sieff et Franck Horvat. Ensemble, ils vont définir un nouveau style dans la photo de mode, avec la conviction qu'il faut s'écarter du carcan maniéré du studio.
La grande majorité des photos de mode de Newton sont en décor naturel. Comme un photojournaliste, il fait descendre le mannequin dans la rue. "On n'avait pas un sou mais c'était merveilleux. Paris était superbe et l'atmosphère était très gaie. Jardin des Modes était un magazine très vivant et très inventif."
Au début des années 1960, Newton devient, avec Guy Bourdin, le grand photographe de Vogue pendant vingt-cinq ans. Le "match" Newton-Bourdin était assez incroyable, chacun rivalisant d'audace, d'humour, pour provoquer le scandale et s'amuser à choquer les lectrices bourgeoises et les annonceurs publicitaires.
C'est aussi au milieu des années 1960 qu'il réalise ses images célèbres sur Yves Saint-Laurent. Il l'écrit dans un texte pour Le Monde : "Mon admiration pour Yves Saint Laurent était sans borne. N'habillait-il pas ma "femme idéale" de la façon dont je voulais la photographier ? Elle était féminine, cool, sexy, exigeante, et cependant parfaitement accessible à condition d'y mettre du sien et de l'argent. Au cours de mes vingt-trois ans de collaboration régulière pour Vogue, je m'étais assigné pour mission de célébrer la femme de 30-32 ans. Celle du 16e arrondissement qui a trop d'argent, trop de temps disponible et cherche l'aventure. Qui pouvait mieux l'incarner que la Catherine Deneuve du film de Luis Buñuel Belle de jour ?" On retiendra notamment, au cours de l'été 1975 sa photo d'un tailleur noir, porté par une femme androgyne, cigarette à la main, dans une rue sombre - une référence à l'univers de Brassaï, mais aussi à l'expressionnisme allemand.
5 000 EUROS LA JOURNÉE
La renommée venue, tous les grands magazines voudront s'offrir Newton, dont on disait qu'il facturait 5 000 euros la journée de travail. En 1981, il s'est installé à Monte-Carlo - "j'aime le soleil, la mer et je ne veux pas payer 70 % de taxes." Il passait aussi une partie de son temps à Los Angeles. Newton, star de la mode, est devenu alors une figure de la photographie contemporaine. Ce passage se produit au milieu des années 1980, justement quand la photographie change de statut, passe d'un art appliqué à un art tout court. Helmut Newton expose ses Big Nudes, des nus en noir et blanc de très grand format, en pied, où les femmes, notamment, apparaissent habillées puis nues, dans la même position.
N'oublions pas encore le portraitiste qui a vu défiler nombre de gens célèbres devant son appareil. Au festival Visa pour l'image de Perpignan, il a montré les visages de Vanessa Redgrave, Juliette Gréco, Karl Lagerfeld, Luciano Pavarotti, Leni Riefenstahl, mais aussi Jean-Marie Le Pen. Le portrait fera scandale. Car il a fait poser le chef du Front national avec ses chiens, l'image faisant référence à une photo célèbre de Hitler. Un hasard ? Il rigolait quand on lui posait la question.
C'est encore son goût pour l'actualité, mais aussi une bonne cause, qui lui ont fait accepter d'être l'auteur du dernier album pour la liberté de la presse édité par Reporters sans frontières, au profit des journalistes emprisonnés (152 pages, 8 € ). Sa dernière exposition en France, en novembre 2003 à la galerie Daniel Templon, avait pour titre Yellow Press, titre qui fait référence à une presse bon marché et friande d'information crapoteuse. Il y montrait des vrais reportages et des images fantasmées, jouant, comme souvent dans son travail, du choc entre lieu public et drame intime.
En octobre 2003, il annonçait qu'il cédait l'ensemble de son œuvre à sa ville natale de Berlin, où elle devrait être exposée cet été. "Je suis très fier que mes photos reviennent dans ma ville natale. Pas seulement les nus, mais aussi les portraits, les paysages et les instantanés que j'aime tellement."
Michel Guerrin
Biographie
1920
naissance à Berlin, le 31 octobre.
1938
Photographe pour un journal de Singapour.
1940
Arrive en Australie où il sert pendant cinq ans dans l'armée australienne, avant d'ouvrir un studio à Melbourne.
1948
Mariage avec June F. Browne, photographe sous le nom d'Alice Springs.
1956
Il s'installe à Paris pour devenir photographe de mode, notamment pour Le Jardin des modes. A partir des années 1960, il deviendra un collaborateur régulier de Elle, Playboy, Stern, Vogue, etc.
1971
Victime d'une crise cardiaque, "la meilleure chose qu'il ait pu lui arriver" (dixit Alice Springs). Il sélectionne les commandes et se consacre à son propre univers.
1975
Il expose à Paris, puis à Los Angeles en 1976 et à New York en 1978.
1976
Publication de White Women.
1980
Parution de Big Nudes.
1990
Grand prix national de la photographie.
1999
Publication chez Taschen de Sumo, livre de 35 kilos, consacré au photographe ; exposition commune de Helmut Newton et Alice Spring, "Us and Them".
2000
Grande rétrospective à Berlin, pour ses 80 ans."
Une sélection de sites web consacrés à Helmut Newton
Il y a déjà quelques années que j'essayais de faire un Marlou qui lui soit consacré et je n'étais pas satisfait du peu de pages intéressantes sur le net à son sujet.
Néanmoins la situation semble avoir évolué récemment :
Tout d'abord l'entrevue qu'il consacre à Franck Horvat sur horvatland.com, site qui n'est pas encore dans notre sélection.
Ensuite, vous pourrez aller faire un tour sur la frustrante galerie que propose le site blowup.
Et enfin parcourir la galerie virtuelle de Orazio Centaro (encore un inédit Bn'F) pour enfin trouver quantité, qualité et possibilité d'achat (originaux et retirages). Alternative : monsieur photo, avec pas mal de doublons par rapport au précédent.
Pour les germanophones et les railleurs de l'inculture française : l'article du site officiel de la ville de Berlin annonçant le don de ses archives à la ville de Berlin, vu que sa proposition à l'état français n'a pas éveillé nos élites intellectuelles... (cf. L'article dans le magazine PHOTO d'avril 04). Honte à la France.
Avril 2004 - Chris.